Rencontre avec Céline, cofondatrice d’Hylla, penderie partagée.

Il n’y a pas si longtemps, Faiseurs de Boite vous parlait de La Doublure. Dans la même veine, celle de la consommation raisonnée de la mode au profit de la planète, on vous présente aujourd’hui HYLLA. S’appuyant sur le concept de la penderie partagée (entendez ici, location de vêtements), HYLLA veut faire de la mode responsable, une norme.
Actuellement en pleine campagne de crowdfunding sur Ulule, HYLLA s’ajoute aux genres de projets que Faiseurs de Boite aime défendre : on y retrouve de l’humain, de la raison, de l’écologie, et surtout, beaucoup de bon sens.
Céline Zimmerman, fondatrice d’HYLLA a répondu à nos questions : études, parcours, évolution d’HYLLA, … Faiseurs de Boite lui donne la parole !

Bonjour Céline, peux-tu te présenter brièvement ?

Je m’appelle Céline Zimmermann, j’ai 22 ans et j’ai terminé mes études il y a un an, à l’Université Paris 10. La petite particularité de mon parcours c’est que j’ai toujours étudié et travaillé dans un contexte franco-allemand : dès le collège, je me suis orientée vers la langue et la culture germaniques, puis au lycée et à la fac, j’ai choisi un cursus bilingue en me spécialisant dans la gestion d’entreprise.

C’est cette attirance et cette admiration pour nos voisins outre-Rhin qui m’ont indirectement amenée à créer mon entreprise, car le concept que je suis en train de développer avec mon associée est particulièrement empreint des cultures germaniques (voire scandinaves et néerlandaises).

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Hylla, c’est quoi exactement ?

HYLLA, c’est une penderie partagée qui s’appuie sur le concept de location de vêtements fun, vintage et colorés pour femmes. L’objectif principal d’HYLLA est d’offrir aux femmes (pour commencer) une alternative, à la fois durable, économique, et plutôt sympathique, à la surconsommation de prêt-à-porter. L’idée, c’est de repenser notre rapport à la mode et notre manière de la consommer.

Pour la petite anecdote, « hylla » est un mot suédois qui signifie « penderie ». Pourquoi avoir choisi le suédois ? Car la première penderie partagée est née en Suède, il y a déjà 6 ans !

Nous avons créé l’entreprise HYLLA en mars 2016, après plusieurs mois d’étude de marché et d’étude terrain.

“Nous sommes convaincues qu’il est possible de s’amuser avec la mode, sans avoir besoin de consommer à outrance et d’accumuler des montagnes de vêtements dans nos placards”.

Comment t’est venue l’idée de monter Hylla ?

Cette idée un peu farfelue de penderie partagée m’est venue au printemps 2015, lors d’un séjour en Allemagne. Dans le cadre de mes études, j’ai choisi de rédiger mon mémoire sur le concept de location de vêtements. La problématique de mon étude était : « le concept allemand de location de vêtements est-il transposable au contexte français ? ».

Vous l’aurez compris, c’est en avançant dans mes recherches et en rencontrant les fondatrices de cette entreprise hambourgeoise que j’ai décidé de me lancer dans cette aventure entrepreneuriale. À mon retour en France, j’ai voulu voir si ce concept pourrait également plaire aux consommatrices françaises.

Concrètement, l’élément déclencheur qui m’a vraiment permis de m’engager dans ce projet fût ma rencontre avec Amandine, qui est aujourd’hui mon associée. Elle a su apporter la touche de créativité et d’optimisme dont j’avais besoin pour me lancer !

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A travers ce projet, quelles sont les valeurs que tu souhaites défendre ?

Nous sommes convaincues qu’il est possible de s’amuser avec la mode, d’oser des looks, de sortir de l’ordinaire et de se démarquer, sans avoir besoin de consommer à outrance et d’accumuler des montagnes de vêtements dans nos placards.

Le concept HYLLA Penderie Partagée repose sur trois valeurs phares : le partage, la réutilisation et l’originalité.

  • Le partage, car la force d’HYLLA repose principalement sur la communauté qui l’entoure ; ces femmes, surnommées les « Hyllarantes », qui sont prêtes à changer leur manière de consommer la mode, à la rendre plus responsable et sensée, en préférant la location à l’achat. HYLLA, c’est avant tout la penderie d’une communauté de femmes optimistes !
  • L’originalité, car les vêtements qui constituent cette Penderie Partagée sont des pièces principalement vintage, colorées et sortant de l’ordinaire, pour permettre à chaque femme de créer sa propre mode et de jouer avec les styles, sans nécessairement suivre les diktats de la mode.
  • La réutilisation, car toutes les pièces constituant la Penderie Partagée sont des pièces de seconde main. Le concept HYLLA ne suit pas uniquement une optique d’économie du partage, mais s’insère également dans une approche d’économie circulaire. Par le biais de la location, un vêtement aura plusieurs vies. Il passera entre de nombreuses mains avant de sortir du circuit de location. Ainsi, HYLLA ne prône pas seulement la réutilisation, mais également la revalorisation du vêtement, dans l’objectif de réduire, à notre échelle, le gaspillage vestimentaire.

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Pourquoi la mode ? Qu’est-ce qui t’a attiré dans ce domaine ?

À l’origine, je n’étais pas du tout prédestinée à travailler dans le milieu de la mode ; c’est un domaine dans lequel je ne connais pas grand-chose et qui ne m’attirait pas spécialement. Si j’ai décidé de me lancer dans ce milieu-là, c’est parce que j’ai découvert petit à petit que c’était un secteur dans lequel il y avait encore beaucoup à faire en termes de développement durable et d’innovation sociale.

Il y a 2 ou 3 ans, je n’étais pas du tout informée de ces choses-là. C’est en me renseignant, en faisant des recherches, en visionnant des documentaires et en rencontrant des acteurs du milieu de la mode responsable, que j’ai pris connaissance des impacts néfastes et inimaginables de l’industrie textile sur notre environnement et sur la vie de millions de personnes à travers le monde.

“Chacune peut, à son échelle, réduire sa consommation de prêt-à-porter”.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres boites de location de vêtements ?

Les autres entreprises françaises de location de vêtements se positionnent sur du luxe et du haut de gamme. Les vêtements qu’elles proposent à la location sont principalement des vêtements de créateurs ou de haute couture. Leur offre, qui est donc plus chère que la nôtre, ne vise pas le même type de femmes.

De notre côté, nous souhaitons proposer une offre accessible. Nous nous sommes rendu compte qu’une grande partie de nos clientes étaient des étudiantes et des jeunes actives, qui n’ont pas un très gros pouvoir d’achat. Et cela nous réjouit, car nous voulons montrer que repenser notre manière de consommer la mode ne coûte pas nécessairement plus cher, et n’est pas réservé aux gros budgets. Chacune peut, à son échelle, réduire sa consommation de prêt-à-porter, sans pour autant devoir mettre entre parenthèses ses envies de changement et de renouveau dans sa garde-robe !

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Avec qui travailles-tu ?

Nous sommes deux à travailler sur ce projet de penderie partagée : mon associée, Amandine Valcares, et moi-même.

Amandine a 22 ans et a terminé ses études en même temps que moi. Nous nous sommes rencontrées plus ou moins par hasard, à Hambourg, lorsque que je faisais mon mémoire sur la location de vêtements : comme quoi, le hasard fait bien les choses !

Avant de se lancer dans cette entreprise avec moi, Amandine était en licence professionnelle de Management appliqué au Développement durable, à Paris 8. Et c’est par le biais d’un stage chez Bluellow, qu’elle a découvert il y a environ deux ans ce qu’est l’entrepreneuriat social.

“Pour moi, l’économie de demain sera une économie dans laquelle la Mode responsable ne sera plus une niche, elle sera devenue la norme”.

A qui s’adresse votre penderie ? Quelles sont tes clientes « cibles » ?

Nos clientes cibles sont les femmes de 25 à 35 ans, qui recherchent une alternative durable (et fun) à la surconsommation de prêt-à-porter. Au cours des précédents mois, nous nous sommes cependant rendu compte que notre concept intéressait également des femmes plus jeunes, tout juste sorties du lycée, et des femmes plus âgées. Cela nous ravit de voir que notre concept peut plaire à toutes les générations et à tout type de femmes ; aussi bien aux shopping addicts qui ressentent un besoin perpétuel de changer leur garde-robe, qu’aux femmes qui voient en ce concept une approche plus écologique et durable.

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De nouvelles façons de consommer sont nécessaires pour limiter l’impact de l’homme sur la planète, t’inscris-tu dans ce mouvement ?

Je pense que oui. Pour moi, la location de vêtements est une manière (parmi d’autres – l’achat de vêtements de seconde main, l’achat de vêtements créateurs engagés, sont également des alternatives intéressantes) de réduire notre impact sur l’environnement. Avec la location de vêtements, adieu l’achat compulsif ! On ne porte que ce qui nous plait vraiment. Plus besoin d’acheter un vêtement et de le laisser prendre la poussière au fond de son armoire, si l’on sait que l’on va s’en lasser vite.

Selon toi, l’économie de demain, elle ressemble à quoi ?

Pour moi, l’économie de demain sera une économie dans laquelle on consommera moins, et on partagera plus. Une économie dans laquelle notre rapport à la possession aura totalement évolué. Une économie dans laquelle la Mode responsable ne sera plus une niche, elle sera devenue la norme.

Arrivez-vous à vivre de cette activité ? Avez-vous reçu des aides financières pour vous lancer ?

Pour l’instant, je ne vis pas du tout de cette activité, car nous n’avons pas encore lancé notre plateforme web de location de vêtements. Pour le moment, nous organisons des événements éphémères dans divers lieux parisiens (La REcyclerie, L’Improbable Café, A La Folie Paris, etc.) ; l’objectif étant de nous faire connaître petit à petit, tout en rencontrant la communauté qui nous entoure, et en limitant les risques financiers.

Nous n’avons pour le moment pas reçu d’aides financières pour nous lancer, mais nous sommes en pleine campagne de financement participatif sur Ulule dans l’objectif de nous aider à financer le développement de notre site web. Il doit en effet être développé sur mesure pour notre activité de location de vêtements, ce qui coûte relativement cher.

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Ca ressemble à quoi la vie de jeune entrepreneur ?

Beaucoup de choses à piloter à la fois, dans plein de domaines différents, de très belles rencontres inspirantes au quotidien, et assez peu de sommeil !

Quels sont tes objectifs sur le long terme avec Hylla ?

Notre objectif avec HYLLA, c’est que la location de vêtements devienne la norme. Notre vision, c’est de créer en France un véritable mouvement, qui promeut une mode plus responsable, plus sensée, mais toujours aussi belle (voire bien plus d’ailleurs !).

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez au quotidien ?

La difficulté principale, c’est le manque de visibilité. C’est très difficile de se faire connaître, de faire parler de soi, surtout quand on a peu de budget… Ça se fait avec le temps, il faut être persévérant et avoir assez de culot pour aller voir les « gros » de la presse, et attendre de leurs nouvelles ensuite.

Si c’était à refaire, que ferais-tu autrement ?

Si c’était à refaire, on se serait un peu plus démenées pour trouver un incubateur parisien pour nous accompagner tout au long de cette phase de lancement, je pense. Pendant notre première année d’entrepreneuriat, nous avons été suivies par la structure Pépite Paris Ouest Nord, qui dépend de l’Université Paris 10. Et même si cette structure nous a beaucoup apporté, intégrer un incubateur plus connu, ou une pépinière d’entreprises, nous aurait permis d’être un peu plus challengées sur notre projet entrepreneurial.

Si tu n’avais pas lancé Hylla, qu’aurais-tu fait ?

J’aurais fait une année de césure pour partir à l’étranger, en Asie ou en Amérique du Sud, avant d’enchaîner sur un master (mais je ne sais pas en quoi…).

Quel(s) conseil(s) pourrais-tu donner à quelqu’un souhaitant se lancer dans l’entrepreneuriat ?

Le conseil principal que je donnerai c’est « lance-toi ! ». Au pire, qu’est-ce qui peut nous arriver ? C’est une aventure tellement enrichissante et stimulante ; je n’ai jamais autant appris, sur la création d’entreprise et surtout sur moi-même.

Qu’est-ce qui t’inspire ?

Beaucoup de choses peuvent m’inspirer, mais de manière plus concrète, c’est le courage des deux fondatrices du concept allemand Kleiderei de location de vêtements, qui ont monté leur entreprise à même pas 23 ans, qui m’a inspirée il y a maintenant plus d’un an.

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Une anecdote ?

La façon dont Amandine et moi nous sommes rencontrées : je suis tombée par hasard, via Linkedin (ah la magie des réseaux sociaux… !) sur un article qu’elle venait de publier sur son blog de l’époque, un article qui parlait de l’économie du partage en Allemagne. J’ai décidé de la contacter pour lui parler de ce projet de penderie partagée. Nous nous sommes rencontrées, on est allées prendre un café sur une terrasse hambourgeoise, et quand je lui ai expliqué mon idée, elle était tellement enthousiaste qu’on a décidé très rapidement de s’associer dans cette aventure.

Un rêve un peu fou ?

Partir quelques mois en Inde, faire du yoga, et me recentrer sur moi-même ; peut-être pas si fou que ça finalement… !

Petites, que rêviez-vous de faire comme métier ?

Il y a quelques années, je voulais devenir interprète de conférence, traduire de l’allemand et de l’anglais, vers le français. Je garde cette idée dans un coin de ma tête, on ne sait jamais ! Je pars toujours du principe qu’on a plusieurs vies dans une vie, peut-être que dans 10-15 ans je ferais complètement autre chose ! Qui sait ?

Mon associée, quant à elle, rêvait de devenir dessinatrice. C’est d’ailleurs Amandine aujourd’hui qui se charge de réaliser tous nos visuels, le design de notre site web et qui a dessiné notre logo !

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HYLLA penderie en chiffres

7
Événements de location à La REcyclerie
70
Clientes Hyllarantes
1
Communauté de plus de 1000 Facebookers, qui ne cesse de grandir !

Site d’HYLLA, penderie partagée
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Crédit photos : HYLLA penderie partagée